le cruising comme mode de mise en relation des corps
Relevé de mouvements des corps.
Séminaire « Cruising As Critical Methodology », Université de Londres, 2025
Recherches chorégraphiques, AntrePeaux, Bourges.
Dans la cadre d’un doctorat de recherche par la création, Emmanuel explore théoriquement et artistiquement comment le cruising peut nous aider à repenser les expériences de l’art.
Ce terme désigne, en anglais, le fait d’errer à la recherche d’amant·es, happé·es par des désirs projetés sur des corps, qui apparaissent et se dérobent à l’infini. C’est un mode en relationalité qui privilégie le hasard, le furtif, l’étonnement.
Détails de I’ll lick the fog off your skin, vidéos diffusées lors du séminaire
Le cruising est un mode en relationalité qui privilégie le hasard, le furtif, l’étonnement.
La pénombre favorise des rencontres moins dépendantes des diktats de beauté. Le cruising est une chorégraphie de regards. Les contacts visuels impulsent les mouvements des corps, activés par surprise et l’intensité de l’éphémère.
Emmanuel expérimente comment transformer les pratiques et les imaginaires du cruising peuvent transformer les expériences de l’art. Au plateau et dans des installations, le cruising devient une stratégie de mise en relation des corps (corps des spectateur·rices, des performeur·ses, mais aussi corps – images). La vue est ébranlée par l’obscurité, aiguisant les autres sens, intensifiant la perception des présences dans la nuit. Emmanuel fait du cruising un outil chorégraphique, qui met le corps des danseur·ses en tension, favorise un éveil sensoriel, une manière de mettre le public aux aguets, c’est à dire prêt à s’ouvrir aux surprises.
L’expérience du spectateur·rice peut-elle être traversée par le cruising, au point de transformer son rapport au regard, au désir, à l’inconnu ?
Cruising au sein de l’installation « Until the sun rises », version 2010 dans les jardins de l’Ambassade de France à Tokyo
Les œuvres peuvent-elles cruiser les spectateur·rices ?
Le public peut-il cruiser la danse ?
Cruising et expérience de l’art, une conférence performée à l’École Supérieure d’Arts et Médias de Caen)
Projections : extraits de I’ll lick the fog off your skin (Chapitre 1) et de vue de Day’s End de Gordon Matta-Clark dans une scène du film porno gay Piers Group.
atelier des désirs
Circulation des corps et des regards dans le Dit du Genji, XIe siècle
Sawaki Suushi, Hyakkai-Zukan (Rouleau de dessins de cent démons), 1737
En résidence à la Villa Kujoyama (Kyoto), Emmanuel a mené des recherches sur les conceptions du désir issues du Japon ancien, en duo avec le danseur Takao Kawaguchi (membre de Dumb Type, créateur de About Kazuo Ohno, au Théâtre de la Ville).
La mythologie attachée à la forêt située en lisière de la Villa, qui veut que le monde des humain·es et celui des esprits animistes s’y entrecroisent, colorent leur recherche. Ils découvrent que dans les poèmes, pièces de théâtre et écrits du Japon antique, le désir est perçu comme une force fluide, aux potentiels multiples. Fantômes, créatures liées aux éléments naturels et les émotions sensuelles ressenties par un corps immergé dans l’eau ou caressé par le vent irriguent les imaginaires.
À une époque où apps et plateformes numériques œuvrent à conditionner nos affects et standardiser nos rêves, il semble essentiel de nous ouvrir à d’autres récits fondateurs. Ces recherches infusent à la fois la création de la série d’œuvres I’ll lick the fog off your skin, mais aussi de nombreux workshops partagés en école d’art et dans les théâtres autour des représenations.
« Nous ne sommes pas queers. Nous n’atteindrons peut-être jamais un état de conscience queer, mais nous pouvons ressentir celui-ci comme l’illumination chaude d’un horizon imprégné de potentalités. »
José Esteban Muñoz, Cruising Utopia
fantasmagories, espaces pour une circulation queer des affects
Fantasmagorie de Robertson dans la Cour des Capucines en 1797, Gravure de Lejeune
La recherche intitulée Fantasmagories, espaces pour une circulation queer des affects questionne les espaces de la scène et de la salle d’exposition. En analysant la scénographie des fantasmagories de la fin du XVIIIe siècle, et en examinant la position des spectateur.rice.s en leur sein, Emmanuel propose des stratégies pour que la scène puisse devenir un environnement qui favorise la libre association, l’expérience désordonnée d’affects et de pensées en réinvention permanente.
Ce travail puise à la fois dans les propositions théoriques de Noam Elcott (professeur d’archéologie des arts à l’Université de Columbia) et de Renate Lorenz (autrice de Art Queer : une théorie freak), l’analyse des dispositifs fantasmagoriques (dans les spectacles éponymes de la fin du XVIIIe, mais aussi dans les créations de Gary Hill, Apichatpong Weerasethakul et Teiji Furuhashi / Dumb Type) et dans ses propres créations.
Emmanuel propose des stratégies pour repenser la scène et l’espace d’exposition comme des lieux partagés entre spectateur·rices, danseur·ses et images : des espaces dans lesquels chacun de ces corps est pensé comme un sujet chorégraphique. Une architecture du trouble qui permet à l’impensable d’advenir.
À gauche : Yann Beauvais, Tu Sempre, vue d’installation à La Criée ; à droite : Pauline Boudry & Renate Lorenz, Salomania, vue d’installation, Kadist Collection
Extrait d’une gravure d’expérimentation optique, William James Gravesande, Mathematical elements of natural philosophy, 1737
Peter Campus, dor, San Francisco Museum of Modern Art
À gauche : Teiji Furuhashi (Dumb Type), Lovers, vue d’installation au MoMA.
À droite : Étienne-Gaspard Robert dit Roberston, pères des fantasmagories, Mémoires récréatifs, scientifiques et anecdotiques, 1831, Collections BNF